Les maisons d’édition scolaires françaises attendent un message clair pour le plan numérique

Pour les maisons d’édition, l’outil pour faire basculer l’Ecole française vers le numérique c’est le manuel numérique. Mardi 30 septembre le Groupe Education du Syndicat national de l’édition révèle que les usages des manuels numériques explosent. Et les éditeurs appellent l’Etat à réaliser “le grand plan massif sur plusieurs années permettant de faire des offres de plus en plus évoluées”. 

L’Ecole est-elle réticente au numérique ?

Le 30 septembre,  Sylvie Marcé, présidente du Syndicat national de l’édition, groupe Education, et Isabelle Magnard présentent les résultats d’un sondage sur les manuels numériques. Selon ce sondage, réalisé sur Internet auprès de 15 000 enseignants, ce qui colorie quand même un peu les résultats, le nombre d’enseignants utilisateurs des manuels numériques a doublé depuis 2011. Ces manuels  seraient utilisés par 29% des professeurs, avec une forte progression au primaire (de 8 à 20%) et en lycée (de 19 à 36%). Les professeurs de collège seraient les premiers utilisateurs avec 36%. En tête des disciplines, les sciences (46%), où le numérique est entré dans les programmes, suivies par les langues (33%). Le français est à la traîne avec 24% d’utilisateurs.

A quoi tient ce succès du manuel numérique ?

Au fait que c’est le manuel papier plus ou moins bien numérisé, répondent 86% des professeurs. Le manuel numérique reste le manuel papier même s’il est plus ou moins enrichi. Le manuel numérique sert surtout, d’après le sondage, à projeter, en général avec un vidéoprojecteur, les éléments du manuel papier dont disposent les élèves. Il sert très peu à l’entrainement individuel ou à la découverte autonome. D’ailleurs seulement 7% des élèves disposent d’un manuel numérique personnel. Ils sont encore plus rares à avoir une tablette à l’école : 2%. ” L’usage collectif est la norme “, affirme l’enquête. Selon le sondage, les enseignants estiment que le manuel numérique  “permet de passer au numérique” (pour 83% des enseignants). La formule est peu ambitieuse car la pratique pédagogique reste inchangée. Un autre point intéressant est l’accès au manuel. Alors que le ministère bataille depuis des années pour les ENT, seulement 8% des enseignants accèdent au manuel numérique par ce canal …

Qu’est ce qui freine le développement des manuels ? Pour le sondage du SNE c’est le manque d’équipements et de ressources. ” Il faut une grande ambition, un investissement dans la durée “, affirme S Marcé. Certes un nouveau plan Informatique pur tous (IPT) ” serait contre productif “, reconnait-elle. Certes le plan national doit s’appuyer sur les initiatives  locales et ne pas les écraser. Mais le SNE attend surtout le grand plan national. En fait, ce qu’on sait de lui ressemble beaucoup aux recommandations du SNE. En juillet dernier, l’entourage du ministre nous avait dit que le plan e-education se fixait comme objectif 70% d’écoliers et collégiens dotés d’une tablette PC en 2020. Appuyé sur le programme des ” 34 plans de la nouvelle France industrielle “, le plan e-education est crédité de près de 800 millions. Ce budget total devrait être divisé en deux parts. La moitié pour les contenus. On retrouverait alors les 30 euros par élève souhaités par le SNE. Les fonds restants serviraient à doter un fonds d’amorçage pour aider les communes à acheter des tablettes, de préférence faites en France.

Pour S Marcé, il ne manque que l’impulsion publique. Porté par des expérimentations en 2013, le marché s’est effondré en 2014. Aujourd’hui l’édition scolaire numérique ne pèse que 2% du chiffre d’affaire des manuels papier. Pour être prêt en 2016, le SNE demande à l’Etat un soutien pour pratiquer ” des tests massifs ” dès 2015.

Fait intéressant pour les démarches fribourgeoises:  Le sondage du SNE montre aussi que les sites collaboratifs des enseignants viennent juste après les photocopies et les manuels papier comme principal support pédagogique bien devant les manuels numériques.

Le sondage dévoile aussi l’appétit de liberté des enseignants. 99% des enseignants déclarent qu’ils veulent conserver la liberté de choix des manuels numériques. Cela alors que le plan e-education prévoit un processus de labellisation.  La vague numérique plus forte que le grand plan ?

Résumé de l’article de François Jarraud pour le Café Pédagogique